En pleine promotion de son premier album intitulé Eecloo, « en référence à ce qui éclot » Daphné Swân a pris le temps de répondre à quelques-unes de mes questions afin que je rédige ce portrait à la fois doux et pétillant comme sa musique.
Originaire de Lille, musicienne depuis toujours, devenir auteure compositrice et interprète semblait une évidence sur le parcours de la jeune femme, alors qu’elle « fait de la musique depuis qu’elle a 4 ou 5 ans », Daphné Swân n’avait pourtant pas du tout choisi ce parcours professionnel, puisqu’elle a étudié le droit pour devenir avocate (ce qu’elle a réussi avec brio).
Alors qu’elle a commencé par mimétisme « pour faire comme sa sœur, qui avait déjà pris quelques cours » sur le piano d’étude qui était chez ses parents, c’est finalement avec le « piano et le violon au conservatoire » qu’elle s’est formée, et c’est aujourd’hui de la « pop francophone consciente » comme elle aime le dire, que Daphné Swân propose à son public. Avant tout avec sa musique ce qu’elle souhaite c’est « remettre les choses en question, plutôt que de dire quoi penser aux gens ».
Particulièrement fan de Nine Inch Nails, elle estime que « cette influence a infusé dans ce qu’elle propose aujourd’hui à travers sa musique ». Comme des comptines entêtantes, et qui se fredonnent l’air de rien, c’est ainsi que sont les chansons de Daphné Swân, cependant avec une valeur ajoutée non négligeable, la qualité des textes. Ce qu’elle aime par-dessus tout avec la musique c’est de pouvoir « dire des choses intelligentes tout en faisant danser les gens » et Yelle, qu’elle admire beaucoup, pour son côté sérieux et ludique, est un exemple de cela, car selon elle « il faut faire vibrer les corps et les cerveaux ».
Elle est entre deux générations de femmes celles qui en ont bavé et la nouvelle génération, pourtant Daphné Swân évoque quand même le « côté compliqué d’être une femme dans les musiques actuelles », elle nous explique « qu’il est plus compliqué de progresser pour la femme », et aujourd’hui en tant que femme, et métis elle veut simplement « revendiquer son universalité comme le ferait un homme blanc cis ». Elle a par ailleurs participé au podcast Sisters of Sound qui évoque la place de la femme dans les musiques actuelles.
Très (trop?) concentrée sur son projet, elle essaie de lâcher prise, ce qui est pour elle « un véritable enjeu de santé mentale » car cela s’avère plutôt compliqué, « je cherche encore un équilibre mais je suis hyper-focalisée sur ma musique et mon projet, mais j’essaie de déconnecter et c’est un vrai défi actuel ».
Et comme tous les esprits créatifs qui se plaisent à vagabonder, elle chercher à s’occuper pour ne pas rester concentrée uniquement sur la musique « je cuisine, je fais des mots fléchés, quand je peux je voyage et sinon je suis une grande fan de questions pour un champion » nous avoue-t-elle en riant.
En parlant de voyage, Daphné Swân nous explique qu’elle a vécu à Hanoï (Viêtnam) et que cela l’a beaucoup inspirée, « j’ai adoré Hanoï, j’y ai vécu pendant 6 mois, c’est une ville foisonnante, il y a toujours mille et une choses qui s’y passent, et cela donne un boost d’énergie. C’est très jeune, dynamique, et stimulant. » Une ville qu’elle qualifie de « refuge » et où « Il y a un dynamisme musical très riche, que tu sois fan de jazz, de rock, de hip-hop, ou d’électro, tu peux y trouver ton compte avec un côté un peu foutraque alternatif qui est assez grisant » ajoute-t-elle
L’endroit idéal pour un artiste en quête d’inspiration, et en plus c’est là qu’elle irait pour « avoir de nouvelles idées, recharger ses batteries, et rencontrer de nouvelles personnes » confie-t-elle.
Avant de sortir Eecloo, son premier album, cela a pris du temps et demandé beaucoup de travail, notamment dans l’écriture des textes. « Certaines chansons sont sorties d’atelier d’écriture, parfois la contrainte est assez libératrice. Puis pour d’autres chansons l’inspiration vient parfois d’une conversation, ou quand je marche, ou quand je suis dans les transports en commun » nous explique Daphné Swân. Parmi ses textes l’un d’entre eux a demandé beaucoup de temps et d’attention, « la chanson la plus longue à écrire c’est Ta Licorne, au final elle est sortie d’un atelier d’écriture, j’avais le refrain et le début depuis quelques temps déjà, mais je savais qu’il y avait un potentiel dans cette chanson » Un processus créatif intéressant où l’on se rend compte de l’importance « de prendre son temps » car « quand tu as laissé reposer tu vois direct ce qui va ou ne va pas dans la chanson », et suite à une Masterclass avec Yves Duteil au Studio des Variétés, qui l’a encouragée à questionner chaque mot, chaque expression, elle a finalement réussi à peaufiner sa licorne.
Aidée par Jean Fauque à la suite d’une formation à Astaffort, elle a pu terminer un album qu’elle n’avait pas forcément anticipé, puisque cela « aurait pu être un EP ».
Dans cet album on retrouve de nombreux titres, mais Bienvenue est un de ceux qu’elle affectionne particulièrement « pour son discours très universel, philosophique, et pour la mélodie qui reste en tête sans casser la tête, (rires) et puis elle a un effet sur les gens qui me souffle toujours un peu. Surtout sur les personnes qui n’ont pas une histoire facile, elle a un côté intense quand je l’interprète sur scène. » nous explique Daphné Swân
Authentique, et sincère Daphné Swân parvient à fédérer une petite communauté autour de sa musique mais aussi sur les réseaux sociaux, à ce sujet elle déclare « Je ne pense pas jouer un personnage car je ne m’en pense pas capable, je n’ai pas vraiment de filtre, je suis avec le public comme je suis dans la vie, j’essaie d’être sincère, dans la déconne, parfois je fais des blagues » mais on en revient à l’essentiel, être la même, « que ce soit après les shows ou sur les réseaux il y a toujours ce mélange de jeu, de prises de positions sur certains sujets sans être militante, car je reste avant tout une chanteuse de pop » ajoute-t-elle.
Un public conquis petit à petit, et qu’elle admire également beaucoup « Je suis super contente de la petite communauté qui se construit, je commence à reconnaître des gens d’un concert à l’autre, ils connaissent les paroles, c’est hyper émouvant ce truc avec le public je trouve ça fou de se dire que ta musique puisse servir à rassembler des gens. Des gens qui se retrouvent autour d’un ensemble de valeurs, d’émotions, d’objectifs, de problématiques aussi parfois, et moi je les aime les gens de mon public parce que je trouve qu’ils ont un bon esprit, souvent ils sont dans l’enseignement, étudiants, ou retraités, des familles, il y a un peu de tout, et ces gens là se retrouvent autour des messages ou de l’énergie que je peux transmettre via la scène ou le disque ».
Au gré des rencontres artistiques, Daphné Swân peaufine son style, et nous propose un appel fédérateur à travers sa musique, entre esprit, insolence, refrains obsédants, rythmes industriels et entêtants, mélodies tribales et hypnotiques, Daphné Swân vous invite à la découverte d’un univers où chaque mot à son importance.
A découvrir sur scène de toute urgence !
En concert :
Le Vendredi 15 mars 2024 à la MCL de Gauchy (02)
Le Vendredi 14 juin 2024 au Grand Unisson à St Jean de la Ruelle (45)
Crédit photos : Anne-Laure Etienne / Marianne Hell
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