Les Victoires de la Musique 2025 : un congélateur bien rodé ?

La 40ème édition des Victoires de la Musique, diffusée en direct sur France 2 depuis la Seine Musicale de Boulogne-Billancourt, s’annonçait comme chaque année, comme une grande célébration du paysage musical français. Dès l’ouverture de la soirée, la présentatrice Léa Salamé, accompagnée de Cyril Féraud, a donné le ton avec de nombreux remerciements appuyés, et une mise en scène minutieusement orchestrée, enchaînant trophées, hommages et rétrospectives sur plus de trois heures.

Pour découvrir le palmarès des Victoires de la Musique 2025, clique ici.

Cependant, derrière ce faste apparent, le spectacle s’est révélé décevant, manquant d’audace et de surprises. La lourdeur institutionnelle de l’événement a été parfaitement illustrée par Gad Elmaleh, qui a ironisé sur la longueur du programme : « Quand on la regarde à la télé, on se dit que c’est long, mais en vrai… c’est encore plus long. » Peu d’éléments ont permis de dynamiser la soirée, hormis la performance maîtrisée de la rappeuse Shay, l’une des rares étincelles d’énergie dans un show figé.

Alors que l’édition précédente avait amorcé un tournant en mettant le rap à l’honneur, cette année, la cérémonie s’est repliée sur ses valeurs sûres. Les « musiques urbaines » ont été reléguées à quelques apparitions symboliques, tandis que la variété traditionnelle dominait largement le palmarès. Pierre Garnier, récent vainqueur de la Star Academy, a été érigé en nouvelle sensation du moment, bien qu’il manque encore d’expérience scénique. Son équipe, alignée à ses côtés, évoquait davantage une startup en pause hivernale qu’un projet musical d’envergure.

Au-delà des artistes, la technologie a occupé une place centrale dans cette édition, avec Spotify largement mis en avant comme symbole du nouveau paysage musical. Léa Salamé a d’ailleurs qualifié Justice d' »ambassadeurs de la French Tech », un lapsus révélateur de la transformation de la musique en simple « contenu » destiné aux plateformes de streaming. Par ailleurs, la mise en avant de Spotify dans le contexte politique actuel, est-ce vraiment l’idée de l’année ?

Malgré ce climat prévisible et aseptisé, certains moments ont su marquer les esprits. Santa, lauréate du meilleur album de l’année pour « Recommence-moi », a livré une prestation impressionnante, suspendue dans les airs, avant d’exprimer une émotion sincère : « Je la voulais celle-ci, je la voulais. » Une rare touche de spontanéité dans une soirée parfaitement chiante. En revanche, l’hommage à DJ Mehdi a perdu de sa substance avec une reprise terne de « Tonton du bled », tandis que seule la fantaisie de Philippe Katerine, arborant un dessin de fenêtre ouverte sur le crâne, semblait rappeler l’urgence d’une bouffée d’air frais.

Finalement, ces Victoires 2025 ont confirmé les craintes de nombreux observateurs : une institution figée dans son conservatisme, incapable de se réinventer malgré un timide sursaut l’an dernier. L’émission, en pilotage automatique, répand une impression de conformisme avec la mise en avant d’artistes phénomènes, où les trophées et les congratulations s’enchaînent sans laisser place à l’énergie brute et à l’imprévu qui font la richesse de la scène musicale actuelle. Pire encore, les Victoires semblent perdre de leur impact : elles suscitent de moins en moins d’intérêt chez les téléspectateurs et ne constituent même plus un argument de poids pour remplir les salles de concert, à une époque où le marketing d’influence dicte sa loi.

Pour lire l’article précédent, clique ici.

Pour me soutenir via Facebook, clique ici.

RDV sur Instagram avec l’identifiant @lesmusichroniques

Laisser un commentaire

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑