Portrait : Marjolaine Piémont – Sans le superflu

Révélée en 2009 dans la comédie musicale Mozart l’Opéra Rock, Marjolaine Piémont impose très vite un style à part. Féminine et féministe, elle démontre avec habileté que l’on peut s’engager pour des causes sans manquer pour autant de subtilité et de discernement.

Alors qu’elle baigne dès l’enfance dans la musique, Marjolaine « née à Strasbourg », avoue volontiers qu’elle a un parcours de « passionnée », « petite je savais que je voulais faire du spectacle, et je suis contente de faire aujourd’hui mes rêves d’enfant ! » confie-t-elle

Forte d’une petite notoriété acquise grâce à Mozart l’Opéra Rock, à Sol en Cirque, et à ses différents titres postés sur les réseaux sociaux, Marjolaine Piémont ne renie pas ses débuts, loin de là, d’ailleurs elle n’oublie pas d’où elle vient « J’ai commencé à chanter dans la chorale de Florent Stroesser au conservatoire de Strasbourg lorsque j’avais 7 ans. On m’avait mis là parce que je devais faire du solfège non seulement j’ai adoré non seulement ce professeur de chant qui est incroyable et maintenant il dirige un chœur un énorme, j’aimerais bien le revoir un de ces 4, je lui dois beaucoup. Mes parents étaient tous deux pianistes ma mère jouait du piano beaucoup de Schubert et de Schumann et mon père beaucoup de Litz et il est également organiste » dit-elle.

L’inspiration est un mantra chez cette passionnée, une nécessité, qu’elle puise dans le quotidien, dans son vécu mais aussi dans celui de ses amis. « Il y a une sorte de vie personnelle qui influence, mais ce n’est pas autobiographique, les gens pensent que comme j’utilise le pronom JE il s’agit forcément de moi, il y a une part de moi bien sûr mais c’est aussi quand je discute avec mes confidents, avec des amis qui me confient leurs joies, leurs déboires tout cela fait un vaste pot au feu, une recette, une marmite qui bouillonne comme ça et qui me donne les fumées de l’inspiration… C’est la vie de tous les jours, ce sont mes amis, les gens que je côtoie et parfois une mélodie surgit dans ma tête, des phrases qui deviendront ensuite une chanson. Et parfois il faut se forcer sinon il n’y a rien qui sort… » explique Marjolaine

Mais l’inspiration vient aussi de ce qu’elle écoute, de ces artistes qui lui ont donné l’envie de se réaliser dans la musique, « Quand j’écoute Mathilde de Jacques Brel, moi aussi j’aimerais éprouver le même engouement et la même passion pour des gens et la transmettre ainsi… J’aime aussi beaucoup la pointe d’espièglerie qu’il y a chez Barbara, quand elle reprend toutes les anciennes chansons ou encore des chansons beaucoup plus tristes comme Le mal de vivre, L’aigle noir, Nantes, j’aimais beaucoup ce paradoxe entre les chansons espiègles de Barbara et les chansons plus tristes » ajoute-t-elle

Et puis les hommes, qu’ils soient à poils ou non, contribuent également grandement à l’inspiration nécessaire pour écrire des chansons, « Les hommes que j’appelle les museaux, parce qu’il n’y a pas de terme pour nommer les muses, il y a les 9 muses de l’antiquité mais c’est bizarre de se dire que les hommes ne peuvent pas être une source d’inspiration donc j’utilise le terme museau, si vous en avez un autre sur les réseaux sociaux je suis preneuse » interpelle Marjolaine.

Des chansons qu’elle écrit, et qu’elle imagine avec un scénario précis, mais que finalement chacun interprète différemment selon son vécu, une expropriation de sens qu’elle accepte bien volontiers comme faisant partie du jeu « Ça me fait marrer parce que récemment il y a un journaliste qui m’a interviewée et il avait pas du tout vu le sens que moi j’avais voulu donné à la chanson. J’ai trouvé ça enrichissant. Je lui ai dit que je trouvais ça bien, parce que du coup il projette lui sa propre vie ou sa propre compréhension, qui n’est pas forcément la mienne et finalement il y a beaucoup de textes comme ça que ce soit les livres sacrés, ou même quand on lit du Zola ou du Victor Hugo, on se projette avec notre propre vécu et on a pas forcément le sens, la vision ou l’image que Zola écrivait quand il parle d’un repas » détaille Marjolaine

Parce que finalement, la particularité d’une émotion entraîne son universalité, l’amour est ressenti par tous, et nous saisit parfois jusque dans nos extrêmes, là où nous n’aurions jamais pu penser aller, « La singularité d’une personne cela se créé déjà par ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit, ce qu’elle éprouve et finalement c’est pareil quand on écrit une chanson. Je pense que quand on est au plus près des sentiments, des émotions, et plus on est singulier, plus cela va toucher le monde. Quand Brel disait « je veux être l’ombre de ton chien, l’ombre de ta main », on s’est tous déjà dit que l’on accepterait n’importe quoi pour être encore près de l’être aimé, on accepterait d’être traité comme un chien, et quand il écrit ça on se projette très facilement, c’est une image que lui a dû éprouver mais qui parle à tout le monde… Finalement la singularité, c’est plus on est proche de ses émotions, plus c’est une émotion qui est universelle… » ajoute-t-elle en douceur.

 

 

Simone de Beauvoir disait « Rien n’est jamais définitivement acquis, il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Votre vie durant vous devrez rester vigilante » et c’est cette citation qu’a choisie Marjolaine pour évoquer ce qu’elle est, ce qui la représente, cette lutte féministe qu’elle glisse dans ses mots, dans ses paroles, et dans ses chansons. « La place de la femme, dans le monde c’est quand même terrible ! En France il y a eu beaucoup de luttes qui ont été faites avant nous par les féministes que je remercie. Je trouve ça incroyable le progrès féministe, on a l’avortement qui est un progrès incroyable et on voit bien que dans les pays européens ce droit-là est sans cesse mis à mal. Il y a une volonté d’égalité salariale, mais il y a encore des progrès à faire sur plein de points. Sur les fiches administratives quand je vois « Mademoiselle » cela me fait sursauter car je ne comprends pas, quand je vois « nom de jeune fille » j’ai l’impression qu’on me met toujours sous tutelle, et c’est vrai que nous les femmes on porte le nom du père, ensuite il faudrait prendre le nom du mari, mais quand est ce que nous avons notre propre nom et notre propre identité ? Je milite beaucoup pour que les enfants portent le nom du père et de la mère et que les femmes gardent leur nom ou choisissent le nom qu’elles veulent avoir sur leur état civil. » précise Marjolaine

Parce qu’être féministe ce n’est ni plus ni moins qu’être humaniste, certaines choses restent incompréhensibles pour l’artiste « Je ne comprends pas que des femmes puissent dire « je ne suis pas féministe », elles ont l’impression d’être associée à des mouvements qui sont anti-hommes, mais il y a plein d’hommes qui sont féministes » insiste-t-elle

D’autre part, le premier extrait de son album Je suis bonne est un titre ultra-féministe qui évoque ce côté potiche auquel on cantonne la femme depuis bien trop longtemps, que ce soit au côté d’un homme ou dans les médias, la place de la femme reste problématique pour beaucoup. Piquante, mais réaliste Marjolaine y brosse le portrait des relations hommes – femmes sans prendre de gants. « Le clip de Je suis bonne, qui dénonce la place de la femme dans les médias, et qui stigmatisent la femme dans cette position de potiche, de faire valoir. On pense que cela a un peu changé, évolué, mais on a toujours nos Miss Météo, etc. Et d’ailleurs, il y a peu on a vu que le temps de parole à la télévision était complètement ridicule pour les femmes ! Récemment on parlait beaucoup de PMA, d’adoption etc, et on voyait QUE des hommes pour parler de ça, et je me suis dit c’est bizarre de pas donner la parole aux femmes ? Les hommes en parlaient comme s’ils géraient les ventres, et les corps des femmes, tout cela sans donner la parole à une femme ! » s’insurge-t-elle

 

 

Par ailleurs le fait d’être écoutée, suivie, et encouragée par un public grandissant, et surtout très hétérogène, la surprend encore, et qu’il s’agisse de les rencontrer à l’issue d’un spectacle, ou de communiquer avec eux via sa page Facebook, elle en fait une priorité « Il y a des gens qui me suivent et ça c’est assez formidable, parce que je me rends compte que les chansons rentrent dans leur quotidien et ça c’est quand même une aventure extraordinaire ! Parce que les chansons qu’on écrit dans le coin de sa chambre, si elles peuvent parler, si elles peuvent toucher, si elles peuvent plaire à d’autres personnes que je ne connaissais pas avant et bien je suis très touchée, très heureuse. Ensuite il y a des gens qui viennent de loin pour assister aux concerts donc j’essaie toujours de leur accorder du temps, je suis très honorée en fait qu’ils me fassent le cadeau de leur présence dont j’essaie d’avoir du temps pour eux, mais je me rends compte que je cours beaucoup après le temps. Et ce n’est pas évident tout le temps de répondre et d’être là… » explique-t-elle avec une pointe de regret dans la voix.

Heureuse de vivre son rêve d’enfant, Marjolaine le partagera prochainement sur scène avec vous, après une résidence de préparation au Train Théâtre, elle vous emmènera dans son univers dès ce mois de mai, puis cet été au Festival d’Avignon, et cet automne avec une tournée à travers la France dont les dates se précisent peu à peu.

Album Sans le superflu déjà disponible chez Washi Washa

En concert :

11 mai le secret (Paris 20)

16 mai à Olivets

18 mai au Train Théâtre à Portes Les Valence

12 juin Concert caritatif à l’Olympia pour soutenir le Psychodon

Du 5 au 28 juillet au Théâtre de l’Arrache Cœur à Avignon (dans le cadre du OFF du Festival d’Avignon) – dispositif talents Adami 2019

Plus de dates à venir à l’automne, restez connectés.

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